Léon Daudet


Léon Daudet (16 novembre 1867-1er juillet 1942), fut avec Charles Maurras et Jacques Bainville un des trois principaux dirigeants de l’Action française. Il est fils de l’écrivain Alphonse Daudet.
Après de brillantes études au Lycée Charlemagne, puis au Lycée Louis le Grand (il est lauréat du concours général), Léon Daudet suit les cours de la faculté de médecine et devient interne des hôpitaux. Par son père, il fait entre autre la connaissance d’Edouard Drumont et Émile Zola. Après son mariage (seulement civil) avec Jeanne Hugo, en 1891, la petite-fille du poète, il est introduit dans les salons fréquentés par des personnalités républicaines.
Il commence à publier des ouvrages écrits d’une plume vigoureuse et témoignant d’une grande richesse de vues, notamment Les Morticoles et Le Voyage de Shakespeare. En même temps il collabore à plusieurs journaux dont La Libre Parole d’Édouard Drumont. Il semble promis à un bel avenir comme écrivain encensé par les serviteurs du régime.
L’affaire Dreyfus est pour lui comme pour tant d’autres un révélateur. Il mène le combat nationaliste contre les détracteurs de l’Armée et va rompre avec les milieux républicains.

En 1903 il épouse sa cousine Marthe Allard qui, sous le pseudonyme de “Pampille”, possède déjà un joli talent de plume. En 1905 il rejoint Charles Maurras et l’Action française, et rend la chose publique en publiant dans Le Gaulois une profession de foi monarchiste : « Le roi seul peut être un arbitre , parce qu’il n’a personne à ménager. L’hérédité du pouvoir suprême évite des querelles répétées, des dépenses vaines, une perte de temps, et l’épuisement par corruption. Une restauration monarchique est fatale, non certes parce que nous le voulons, mais parce que la nature et la forme de nos sociétés l’exigent de plus en plus, sous peine de mort ! ».
En 1908, Daudet apporte 300.000 francs qu’il a reçus en héritage pour contribuer à la fondation du quotidien L’Action Française. Dans les années précédant la guerre de 1914, il publie des articles prophétiques qui seront rassemblés dans un ouvrage sous le titre L’Avant-Guerre.
Durant la guerre, il s’attache à soutenir le moral des Français par ses écrits. Il s’engage aussi à fond dans la chasse aux espions et aux traîtres, dénonçant la collusion du ministre de l’Intérieur Malvy avec eux. Il en informe le président de la République Raymond Poincaré et provoque ainsi des poursuites judiciaires et des sanctions. En 1917, il est l’un des artisans de l’arrivée de Clemenceau au pouvoir.
Élu député de Paris en 1919, il va dominer la Chambre de sa puissante personnalité. Il ne mène pas seulement un combat politique pour préserver les acquis de la victoire face à Aristide Briand. Il défend aussi la culture française, notamment dans un discours demeuré célèbre sur les humanités.
La mort dans des conditions douteuses de son fils Philippe, âgé de 14 ans, lors d’une arrestation le 24 novembre 1923, l’atteint cruellement. Condamné pour avoir défendu sa mémoire, il s’enferme dans les bureaux de l’Action française avant de se rendre à la police (juin 1927). Il est emprisonné mais bientôt libéré par un stratagème des Camelots du Roi. Il s’exile alors en Belgique d’où il ne reviendra, gracié, qu’en janvier 1930.
Il reprend alors sa place au journal et participe activement à la vie politique : il dénonce la corruption du régime, prédit la guerre, soutient le fascisme de Mussolini mais redoute le relèvement de l’Allemagne, et espère, lors de la manifestation du 6 février 1934, la chute de la « Gueuse », dénonçant Camille Chautemps (démissionnaire de la présidence du conseil depuis quelques jours en raison de l’affaire Stavisky), comme le « chef d’une bande de voleurs et d’assassins ».
Il souhaitait depuis plusieurs années l’arrivée de Pétain au pouvoir lorsque la défaite l’amène. Mais l’occupation allemande désole ce patriote résolument latin et viscéralement germanophobe. Retiré en province, il meurt en 1942 à Saint-Rémy-de-Provence.

L’activité politique n’a pas empêché Léon Daudet d’avoir une abondante production littéraire. Celle-ci compte de nombreux romans, mais aussi plusieurs ouvrages de souvenirs où Léon Daudet se montre un narrateur et portraitiste inégalable. C’est aussi le mémorialiste qui écrira les deux volumes de Paris vécu et le Bréviaire du journalisme ainsi que Le stupide XIXe siècle qui est une critique percutante du libéralisme demeurée très actuelle.
Léon Daudet avait l’art de rendre les idées vivantes en les personnalisant. Les hommes politiques et les journalistes se précipitaient chaque matin sur son éditorial de L’Action Française en redoutant d’être “épinglé” par le talentueux polémiste qui maniait tour à tour l’ironie, l’humour, le rire, l’indignation aux dépens des canailles et des salopards.
Orateur incomparable, il était souvent demandé en province où il transportait les foules. Il prit notamment la parole au rassemblement du Mont des Alouettes en avril 1926, devant 60.000 Vendéens.
Membre de l’Académie Goncourt depuis sa fondation, son goût littéraire sûr lui fit reconnaître le talent de Louis-Ferdinand Céline.