Benito Mussolini


Benito Amilcare Andrea Mussolini, dit Benito Mussolini, surnommé Il Duce, né le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio, près de Forlì en Émilie-Romagne, et mort le 28 avril 1945, fusillé à Giulino di Mezzegra au bord du lac de Côme, est un militant politique et un homme d’État italien, créateur du fascisme.

Issu de l’union d’un père forgeron et cafetier socialiste anarchisant anticlérical et d’une mère institutrice, le jeune Benito et sa famille ont certes quelque peu vécu dans la gêne mais sans pour autant que leur niveau de vie les fasse comparer à celui des journaliers, ouvriers pauvres et travailleurs agricoles. Néanmoins, il se qualifiera toujours d’« enfant du peuple ».

Ayant décroché un diplôme pour enseigner, Mussolini, d’un tempérament plutôt impétueux et turbulent, vouera les premières années de sa vie d’adulte à l’agit-prop politique, écrivant dans des journaux et revues d’obédience marxiste où il cultivera et affinera sa dilection syndicale révolutionnaire d’inspiration sorélienne et blanquiste. Son talent oratoire, son style de plume serviront le maximalisme de son engagement politique auprès des franges les plus radicales du socialisme italien (dont l’acmé, avant qu’il n’en soit exclu en 1914, constituera sa nomination à la tête de L’Avanti, organe du Parti socialiste italien). Il Popolo d’Italia qu’il fondera ensuite jouera un grand rôle dans la Marche sur Rome en octobre 1922.

Ayant rompu avec le Parti socialiste, il fondera les Faisceaux de combat (1919) préfigurant le futur Parti national fasciste (1921). Il soutiendra l’aventure de Fiume ainsi que les actions des Chemises noires des Squadristi. Après avoir obtenu les pleins pouvoirs en novembre 1922, il entamera la transformation fasciste de l’Italie jusqu’à sa chute en 1943 et sa renaissance politique lors de l’éphémère République sociale italienne.

Enfance

Benito Mussolini naît le 29 juillet 1883 à Dovia di Predappio. Son père, Alessandro, est un forgeron de tendance anarchiste révolutionnaire. Sa mère, Rosa Maltoni, est institutrice. Il est baptisé Benito en l’honneur du président réformiste mexicain Benito Juarez (1806-1872).

Il est un élève difficile, qui entre souvent en conflit avec ses camarades de classe. A l’âge de onze ans, il est exclu du pensionnat des pères salésiens de Faenza, pour avoir jeté un encrier sur un des pères et agressé un camarade de classe. Il est envoyé à l’école Giosué Carducci, dont il sera aussi exclu, suite à une bagarre.

Mariage et famille

En 1909, il rencontre Rachele Guidi. Il s’installe avec elle mais il ne l’épouse qu’en 1917. Ils auront cinq enfants : Edda (1910), Vittorio (septembre 1916), Bruno (octobre 1918), Romano (1927) et Anna Maria (1928).

Edda épousera le comte Galeazzo Ciano, qui deviendra le dauphin politique du Duce. Vittorio émigrera en Argentine. Il sera l’auteur d’un livre, Mussolini : Due donne nella tempesta (Arnoldo Mondadori Editore, Milan 1961). Bruno deviendra pilote de chasse, participant notamment à la Guerre civile espagnole comme volontaire. Il y prendra part à 27 combats aériens. Il perd la vie aux commandes d’un avion de combat le 7 août 1941. Anna Maria décède de maladie 1968, à l’âge de 40 ans. Romano, célèbre musicien de jazz mais apolitique, décède le 3 février 2006, à l’âge de 78 ans.

Débuts en politique : l’activiste socialiste

En 1900, Benito Mussolini adhère au parti socialiste italien (PSI). L’année suivante, il obtient son diplôme d’instituteur. Il commence à collaborer à la presse socialiste et syndicaliste.

En 1902, il se réfugie en Suisse pour éviter le service militaire. Il y travaille comme maçon, boucher et garçon de courses. Il apprend l’allemand et l’anglais. A Lausanne, il suit les cours de Vilfredo Pareto. Il fréquente la mouvance syndicaliste révolutionnaire et les milieux socialistes locaux. En 1904, l’Italie amnistie ses déserteurs. Mussolini retourne alors dans sa patrie. Il effectue son service militaire à Vérone dans le corps d’élite des Bersaglieri.

Une fois son service militaire terminé, on lui propose un poste de rédacteur dans la région de Trente au journal nationaliste italien La Voce, dirigé par le nationaliste Prezzolini. Il a été recommandé par Cesare Battisti, un socialiste italien aux tendances nationalistes. Mussolini constate alors les contradictions profondes entre les membres du Parti socialiste lorsque sont abordées les questions nationales.

En 1910, il est nommé secrétaire de la fédération socialiste de la province de Forlì. Il devient aussi rédacteur de l’hebdomadaire communiste de la région, La Lotta di Classe (La lutte des classes), dont il fait augmenter le tirage. Mussolini est arrêté et emprisonné pour avoir, conformément aux directives du Parti socialiste, prôné l’opposition à la guerre italo-libyenne (1911-1912). La victoire de l’aile maximaliste au Congrès de Reggio Emilia, tenu en 1912, lui donne une plus grande importance au sein du parti : il est un ennemi déclaré de la tendance réformiste des socialistes italiens. Il dirige alors le principal journal socialiste milanais Avanti, l’organe officiel du parti, ainsi que la revue de débats Utopia.

Il est, avec Nicola Bombacci, l’un des dirigeants politiques des insurgés lors de la « Semaine rouge » de 1914.

Toutefois, sur le plan des idées, pour Giuseppe Borgese, dans les années qui précèdent l’entrée en guerre de l’Italie, quatre penseurs influencent Mussolini. Tout d’abord l’économiste Vilfredo Pareto, avec son relativisme moral en matière de doctrines politiques et, faut-il rajouter, sa théorie du renouvellement des élites. Pareto considère que les moteur de l’histoire ce sont les élites, non les masses médiocres et amorphes. Il adhère ainsi plutôt à une lutte des élites qu’à une lutte des classes. Un autre penseur est Gabriele D’Annunzio, prompt faire un usage politique de la violence. Puis le philosophe Benedetto Croce, et sa théorie faisant de la subjectivité individuelle la seule réalité d’un monde qui n’existe pas en lui-même. Le mouvement futuriste et Marinetti fourniront au fascisme sa dimension utopique. Enfin, le philosophe Max Stirner – dont la philosophie n’est pas sans ressemblance avec celle de Nietzsche – explique la sensibilité anarchiste de Mussolini.

La Première guerre mondiale et la rupture avec le Parti socialiste

Au début de la Première guerre mondiale, l’Italie est profondément divisée. Elle reste neutre jusqu’en mai 1915, quand elle s’engage aux côtés de la France et de l’Angleterre. Le Parti socialiste maintient une position de stricte neutralité. Mussolini, lui, évolue : il prône d’abord une neutralité conditionnelle, avant de se prononcer clairement en faveur de l’entrée en guerre, motivé par la crainte d’un « pangermanisme réactionnaire ».

En novembre de la même année, il fonde le journal Il Popolo d’Italia, qui défend une ligne à la fois socialiste et interventionniste, ce qui lui vaut d’être exclu du Parti socialiste italien.

En août 1915, il se porte volontaire pour aller combattre comme simple soldat. Au front, il fait preuve de courage et d’audace. En février 1917, il est gravement blessé et est hospitalisé durant quatre mois.

 

L’après-guerre : le Biennio rosso et la création des Fasci italiani di combattimento

Les frustrations de la victoire et ses conséquences

Après la guerre, l’Italie connaît une période de grave crise politique, sociale et économique.

La guerre, de 1915 à 1918, a mis le pays tout entier à l’épreuve, suscitant des énergies imprévues à l’intérieur – un patriotisme généralisé sans précédent, les « ragazzi de 99 » et l’arditisme – et une très forte méfiance des puissances tierces à l’extérieur de la péninsule. Ponctuellement, les Franco-Britanniques sous-estiment l’effort militaire et économique du royaume et le front italien est obstinément ignoré par la grande presse alliée. Aujourd’hui encore, dans l’abondante historiographie anglo-saxonne sur la Grande Guerre, le théâtre italien reste un fait secondaire et l’engagement militaire presque une quantité négligeable, voire risible. Pourtant, les combats ont été très durs : le Karst, Gorizia, les Alpes, Caporetto, le Grappa et le Piave et, enfin, Vittorio Veneto. Le prix du sang a été très lourd : six cent quatre-vingt mille morts, plus d’un million de mutilés sur 5.240.000 mobilisés, soit 13,78 % de la population.

Les Alliés avaient négocié l’entrée en guerre de l’Italie : un Traité secret de Londres avait prévu de la récompenser largement en lui octroyant des territoires dans les Balkans, en Afrique et en Europe centrale. Mais les grandes puissances considèrent certains pays simplement comme des alliés mineurs : Italie, Belgique, Serbie, Grèce, Roumanie, Japon et Portugal. Au lendemain de la victoire de son camp, la plupart des promesses données à l’Italie restent lettre morte. Les grandes puissances comptent en outre sur le nouveau royaume de Yougoslavie comme un nouvel allié, qu’elles veulent ménager, au détriment de l’Italie.

Epuisée par la guerre, n’obtenant pas les compensations espérées, l’Italie se retrouve avec une économie ruinée et un chômage galopant.

La « Régence du Carnaro »

Parmi ceux qui s’élèvent contre la frustration de l’Italie et la lâcheté de son gouvernement présidé par Nitti se trouve un « poète-guerrier », Gabriele D’Annunzio.

Le 12 septembre 1919, D’Annunzio, entouré d’un petit groupe de fidèles et à la tête d’une véritable armée personnelle de soldats démobilisés et d’aventuriers, prend la décision de marcher sur la ville de Fiume, dont il expulse sans difficultés les corps expéditionnaires américains, anglais et français qui l’occupaient, dans le but de restituer la ville à l’Etat italien. Le gouvernement italien déçoit cependant ses attentes en refusant son offre. D’Annunzio prend alors la décision d’instaurer à Fiume un gouvernement basé sur une charte rédigée par l’anarcho-syndicaliste Alceste de Ambris, tenant lieu de constitution pour la cité de Fiume, et prévoyant la création d’une « anti-société des nations » alliée de tous les « peuples opprimés de la terre ». La « Régence du Carnaro », ainsi créée et dénommée par D’Annunzio, inaugure une expérience politique unique en Europe qui allait s’étendre de septembre 1919 à décembre 1920. Autour de D’Annunzio se pressent les nouveaux maîtres de la ville de Fiume : les arditi, mais également des futuristes, des dadaïstes, des anarchistes, des monarchistes, et toutes sortes d’aventuriers de tout acabit. La Russie bolchevique est le seul Etat à reconnaître l’existence de cette Cité-Etat insurrectionnelle. Futuristes, dadaïstes et anarchistes expérimentent le laboratoire fiumain, en discutant de thèmes aussi osés pour l’époque que la libération de la femme, la drogue, l’abolition de l’argent et des prisons.

Le « Noël sanglant » du 24 décembre 1920 met fin à l’aventure de Fiume et à la tentative de révolution de D’Annunzio, contraint d’évacuer la ville après une semaine de rudes combats contre l’armée italienne. La « Régence du Carnaro » est alors remplacée par un État libre de Fiume.

Toutefois, l’expérience de cette intervention dans l’histoire, de cette rébellion contre la fatalité, ainsi que l’organisation et le style des arditi, les compagnons de D’Annunzio, vont inspirer de manière déterminante Benito Mussolini. En effet, ceux-ci arborent déjà uniformes et drapeaux noirs, ornés de têtes de morts ou de poignards. Leur cri de ralliement est le me ne frego, et leurs chants de combat, comme Giovinezza, témoignent d’un culte de l’héroïsme et du courage.

Le Biennio rosso : une guerre civile méconnue

Entre 1919 et 1920, l’Italie va être marquée par une quasi guerre civile, assez peu connue en dehors du pays : le Biennio rosso.

Les nombreux problèmes qui ont suivi la Première Guerre mondiale, tels que les difficultés économiques, le chômage, l’inflation, la reconversion industrielle du militaire au civil, la pauvreté, le retour des anciens combattants, bouleversent le pays tout autant que les années de guerre.

L’exemple de la révolution bolchévique en Russie est alors le modèle à suivre pour les organisations de gauche, qui pensent que les conditions sont réunies pour une révolution de type communiste. Depuis 1917, les militants communistes ont répandu chez les ouvriers italiens l’idée que leurs homologues russes avaient commencé à construire un « paradis des travailleurs ». Pour mobiliser les « masses populaires », les communistes diffusent dans tout le pays les slogans tels que « les usines aux ouvriers » et « la terre aux paysans ».

Dans un deuxième temps, les groupes communistes, mais aussi les groupes socialistes, lancent des mots d’ordre de grève générale, avec occupation des usines, dans l’idée de poursuivre sur une insurrection au niveau nationale conduisant à la prise du pouvoir.

Le 11 juin 1919, à La Spezia, la gauche lance la première grève générale, à laquelle participent plus de dix mille personnes. La foule des grévistes affronte la police, qui ouvre le feu, tuant deux travailleurs et en blessant vingt-cinq. La réaction des manifestants se transforme en un mouvement insurrectionnel, au point que les meneurs communistes parviennent à prendre le contrôle de la ville. Les magasins sont attaqués et pillés, et le conflit s’étend également à Gênes, Pise, Bologne, Forlì, Faenza, Ancône, Imola et Torre Annunziata. Dans toutes ces villes, les cadres communistes proclament que la révolution est en marche.

La Marche sur Rome

Dans le contexte de forte instabilité politique et sociale de l’Italie, Benito Mussolini et le Parti National Fasciste visent la prise du pouvoir en forçant la main aux institutions avec des actions de masses.

Lorsque la marche sur Rome démarre le 27 octobre à minuit, quelque 5000 fascistes sont mobilisés à Naples. La ville est alors le théâtre du second Congrès du parti national fasciste où l’après-midi du 24, le Duce enflamme ses troupes en chemises noires  :

« Je vous le dis avec toute la solennité que le moment impose : où ils nous donnent le gouvernement où nous le prenons en allant à Rome. Nous ne voulons pas vendre notre droit d’aînesse pour un plat de lentilles, nous voulons devenir l’Etat. »

Des propos aussitôt repris par des « Roma ! Roma ! » hurlés par la foule. Des colonnes fascistes attendent dans plusieurs villes comme Civitavecchia, Mentana ou Tivoli pour converger sur Rome. Elles se mettent en marche après des heures de piétinement.

Le 28 octobre 1922, Benito Mussolini est à la tête de 26 000 fascistes, et ses chemises noires défilent dans toute l’Italie en défiant les forces armées. Début 1920, les 1 500 légionnaires du poète Gabriele D’Annunzio avaient pris Fiume d’assaut au nom de la « victoire mutilée », expression qui désigne les promesses territoriales non tenues par le traité de Versailles. Une insurrection qui a des conséquences directes sur la marche de 1922. Mussolini y apprend que l’armée peut ne pas obéir au gouvernement et que les préfets et autorités locales peuvent laisser faire.

Et effectivement les autorités ne réagissent pas. Dans de nombreuses villes du nord et du centre, les squadristes s’emparent, souvent sans difficultés, des centres névralgiques : préfectures, commissariats de police, centrales téléphoniques ou gares. A Trieste, Padoue et Venise les autorités militaires collaborent avec les Chemises noires.

Le 29 octobre 1922, le roi lui demande de venir à Rome. Il se paye le luxe d’exiger un télégramme. Le 30 octobre à 11h15, le Duce arrive dans la capitale en train et se présente devant le roi en chemise noire. « Je viens tout droit de la bataille qui s’est déroulée, heureusement sans effusion de sang ». Avec la Marche sur Rome, il obtient du roi Victor Emmanuel III la charge de constituer le gouvernement le 30 octobre.

Mais il sait qu’il doit encore batailler pour obtenir la confiance du Parlement ce 16 novembre 1922. Que faire d’autre quand sur plus de 500 députés, seuls 35 sont fascistes ? Devant les parlementaires, Mussolini exulte avec aplomb en agitant le spectre des 300 000 hommes prêts à prendre d’assaut la capitale. Debout devant le Parlement, il fait claquer son discours comme une bastonnade :

« Avec 300 000 jeunes gens armés… prêts à tout, prêts à m’obéir avec un aveu­glement presque mystique, je pouvais châtier tous ceux qui ont diffamé et tenté de salir le fascisme ».

Cette prise de pouvoir légale créa une onde de choc en Europe. Avec sa marche sur Rome, Mussolini et le fascisme apparurent à tous les mouvements nationalistes en Europe, notamment les nationaux-socialistes, comme des précurseurs et un modèle à suivre pour prendre le pouvoir. « Italia Docet ! », « l’Italie nous montre la voie », s’exclama Möller van der Bruck, l’un des principaux théoriciens de la Révolution conservatrice allemande.