Alexis Carrel


Alexis Carrel, né le 28 juin 1873 à Sainte-Foy-lès-Lyon et mort le 5 novembre 1944 à Paris, est un chirurgien, biologiste et eugéniste français.

Pionnier de la chirurgie vasculaire, il reçoit en 1912 le prix Nobel de physiologie et de chirurgie physiologique pour la mise au point de sa méthode de suture des vaisseaux sanguins.

Auguste Carrel-Billiard – véritable nom d’Alexis Carrel – est né le 28 juin 1873 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Son père, fabricant de textiles, meurt alors que le bambin n’a pas encore cinq ans. Sa mère ne se remariera jamais, élevant seule ses trois enfants. Le jeune garçon, dont l’esprit s’éveille tôt, se dirige d’instinct vers les sciences, tandis que son frère Joseph est attiré par la musique. Une sœur cadette, Marguerite, est élevée selon le modèle des petites filles bourgeoises de cette fin de XIX• siècle. Ne connaissant aucun souci financier, la fratrie vit dans le giron d’une mère attentive et aimante. Lorsque sonne l’heure de la scolarité, Alexis entre au collège Saint-Joseph, que dirigent les Pères jésuites. Il laisse à ses professeurs l’image d’un élève discipliné, amoureux de la nature, indépendant et silencieux. En 1889, il passe avec succès le baccalauréat ès lettres et, un an plus tard, le baccalauréat ès sciences.

Il a dix-sept ans. Carrel décide de s’inscrire à la Faculté de Médecine de Lyon. Il prépare les concours successifs des hôpitaux et est reçu externe à l’hôpital de la Croix-Rousse en octobre 1893. Ses études sont interrompues par une longue période de service militaire : Carrel est envoyé comme médecin auxiliaire dans une unité de Chasseurs alpins. Démobilisé, il regagne Lyon et reprend ses études. Il est nommé interne en 1896, se consacre à la médecine opératoire – tout particulièrement aux sutures vasculaires. Il passe brillamment une thèse de doctorat sur le goitre cancéreux, puis travaille quelques mois dans un dispensaire réservé aux accidentés du travail (1901-1902). Tout semble lui réussir. En réalité, l’homme – qui a atteint la trentaine – étouffe dans un milieu professionnel et provincial qu’il juge archaïque, sclérosé.

A la découverte du nouveau monde

Opposé aux« mandarins », dégoûté par leur conformisme, Carrel songe à abandonner la médecine . Il songe à commencer une vie nouvelle, à émigrer. Partir seul pour les étendues du Canada y élever bovins et chevaux.

Le 15 mai 1904, il quitte la France pour l’Amérique. Il voyage à travers tout le Canada, met le cap au sud et parcourt les États-Unis d’ouest en est. Alors qu’il séjourne à Chicago (novembre 1904), il reçoit une proposition d’emploi de l’université de l’Illinois. Commence alors, pour ce professeur par intérim de Surgical Pathology , une série de publications scientifiques et de conférences qui allaient rapidement assurer sa notoriété. Non seulement Carrel ne quittera pas l’univers de la médecine, mais il intégrera moins de deux ans plus tard le Rockefeller lnstitute, où il travaillera jusqu’à sa retraite en 1939.

Première période à New York (1906-1914)

Pour Carrel, le travail de ces années se caractérise par une virtuosité technique et une dextérité opératoire inimitée. En 1908, il réalise sur une jeune chienne la première transplantation rénale. Suivra (en 1910) le premier pontage cardiaque expérimental. 1912 sera l’année de la consécration : il se voit remettre le Nobel de médecine. Dès cette époque, Carrel manifeste un intérêt pour la sociologie et la politique. Il s’affirme proche des petites gens tout en dénonçant le socialisme et l’égalitarisme. Mais ce sont les questions religieuses qui semblent alors le préoccuper le plus. A la mi-août 1910, profitant de vacances, Carrel se rend à Lourdes où il est le témoin de la guérison miraculeuse d’une enfant de dix-huit mois, aveugle-née. Il rencontre aussi lors de ce séjour celle qui deviendra sa femme : Anne-Marie Gouriez de La Motte. Elle est veuve, de haute aristocratie vendéenne, sportive. Diplômée de la Croix-Rouge française, elle va prendre une part modeste, mais efficace, aux travaux de son mari. C’est elle qui, avec intelligence et amour, préfacera l’ouvrage posthume de Carrel : Réflexions sur la conduite de la vie.

Carrel a 40 ans. Ayant conquis une place de premier plan dans le monde scientifique, il est nommé membre directeur du Rockefeller lnstitute. Comblé par la vie, il regagne avec son épouse enceinte la France en juin 1914 pour ce qu’il pense être de courtes vacances.

La Grande Guerre

Le 28 juin 1914, à Sarajevo, l’archiduc héritier d’Autriche-Hongrie et son épouse tombent sous les balles de nationalistes serbes. Un mois plus tard, l’Europe entière est en armes. Le 1er août 1914, Carrel, aide major de 2eme classe (grade du Service de Santé aux Armées correspondant à celui de sous-lieutenant), reçoit son ordre de mobilisation. Il est affecté à Lyon. Dans le même temps se joue un drame familial : Anne-Marie perd l’enfant qu’elle portait.

Sur sa demande, Carrel obtient un poste dans les ambulances de première ligne. Puis il se fixe à Compiègne, à 14 kilomètres du front, où il dirige l’hôpital n21 (qui possède d’importants laboratoires subventionnés par la Fondation Rockefeller). À partir de juin 1915, il développe une méthode de désinfection des plaies et de traitement des brûlures. Cette méthode, qui sauvera la vie de nombreux blessés , vaudra à Carrel, en 1917, la Légion d’Honneur. La renommée du médecin est telle que le généralissime Pétain demandera à visiter l’hôpital n21.

La seconde période new-yorkaise (1919-1939)

La guerre terminée, Alexis Carrel retourne en Amérique . Mais le pays a changé. La nation des pionniers et des entrepreneurs lui semble maintenant rongée par le matérialisme. Anglo-saxons, Irlandais et Scandinaves y cèdent progressivement la place à de nouveaux immigrés sans traditions, dont le seul dieu est le Veau d’Or. Les mœurs se dégradent. La criminalité augmente. Carrel, qui mène une existence ascétique et méprise la vie mondaine, est déçu par la veulerie d’après-guerre: « La démocratie , sous sa forme présente a fait banqueroute. La société ne peut progresser que par une amélioration de la qualité du matériel humain. » Le goût de la retraite devient chez lui de plus en plus tyrannique. Lors de vacances annuelles en France, Anne-Marie et le Docteur se mettent en quête d’un coin calme, protégé des gêneurs. Ils le trouveront en 1922 à Saint-Gildas, une île bretonne située au large de Port-Blanc. La crise de 1929 pousse Carrel à s’interroger toujours davantage sur l’avenir des sociétés occidentales. Plusieurs de ses amis le pressent d’écrire un livre qui répondrait à l’ensemble des grands problèmes humains, scientifiques, politiques et sociaux. Il en accepte le principe et se met au travail. En 1935 paraîtra L’Homme, cet inconnu. L’auteur précise dans une brève introduction que son ouvrage « n’a d’autre prétention que de mettre à la portée de chacun un ensemble de données scientifiques se rapportant à l’être humain d’aujourd’hui ». Il s’adresse « à ceux qui désirent échapper à l’esclavage des dogmes de la société moderne, c’est pour eux que ce livre a été écrit. Et également pour les audacieux qui envisagent la nécessité du renversement de la civilisation industrielle, de l’avènement d’une autre conception du progrès humain ». La diffusion du livre allait dépasser les prévisions de l’éditeur. En quelques mois, Carrel devenait un maître pour des milliers d’hommes du monde entier. Il n’en délaissait pas pour autant son laboratoire et poursuivait ses travaux sur le cœur artificiel (avec l’aide de l’aviateur Charles Lindbergh qui avait dessiné la pompe permettant la circulation sanguine extra-corporelle). En octobre 1935, Carrel songe pour la première fois à créer une Fondation dédiée à l’étude de l’Homme. Il souhaite « appliquer à toutes les activités humaines, à toutes les circonstances de la vie, l’observation positive, l’expérimentation, la méthode scientifique afin d’extraire de cette immense documentation la substance, les commandements de la vie future individuelle et sociale ». En juillet 1939, Carrel, atteint par la limite d’âge, quitte le Rockefeller lnstitute et rentre en France. Dans deux mois éclatera la Seconde Guerre mondiale…

Au chevet de la patrie blessée

C’est à Paris que Carrel apprend l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht, le 1er septembre 1939. Le 3, Français et Britanniques déclarent la guerre à l’Allemagne. Carrel, âgé de 66 ans, veut servir sa patrie. Mais certains cherchent à éconduire celui qu’ils surnomment « l’Américain ». Son aristocratisme, sa condamnation de la franc-maçonnerie, sa critique du marxisme comme de l’égoïsme libéral, sont autant de raisons pour le tenir à l’écart. Lorsque commence la campagne de France, Carrel obtient enfin l’autorisation de monter un hôpital mobile. Muni d’un ordre de mission, il se rend aux États-Unis le 18 mai 1940 pour y recueillir des fonds. L’armistice signé à Rethondes rendra cet hôpital inutile. C’est maintenant la détresse des populations abandonnées qui obsède Carrel. Il faut avant tout assurer l’approvisionnement en nourriture; il faut calmer la déraison, la peur, la souffrance… Le sort des enfants le touche particulièrement : il s’effraie d’une inévitable carence en vitamines. Avec son ami J.W. Johnson, il parvient à négocier l’achat d’importants lots de vitamines et à obtenir des autorités fédérales l’autorisation de gagner l’Europe. Le Docteur gagne Toulouse, puis Vichy (une audience lui a été ménagée auprès du maréchal Pétain par un ancien compagnon d’ambulance de 1915). Il se voit immédiatement confier une tournée d’observation en zone libre – pour lutter contre la disette qui menace. Le projet de création d’un institut de l’Homme le hante toujours. À Vichy, il peut compter sur le soutien actif de Bouthillier (Finances) et de Lehideux (Production industrielle). Le 17 novembre 1941, une loi instaure la Fondation française pour l’Étude des Problèmes humains. Son régent est le Docteur Carrel. Une seconde loi signée le 14 janvier 1942 fixe la dotation de la Fondation à 40 millions de francs. Malgré les événements, l’année 1944 voit la réalisation de plusieurs études importantes : comment améliorer les conditions de développement de l’enfant, comment lutter contre la dénatalité , comment prévenir le vieillissement précoce du travailleur… Depuis la débâcle de juin 1940, Carrel n’avait eu qu’un seul but : le relèvement de la France. Il sera cependant accusé de collaboration par quelques confrères jaloux, quelques « résistants » de la 25e heure.

Au début d’août 1944, il est victime d’une attaque cardiaque. Le 21 du même mois, le Secrétaire général (gaulliste) à la Santé publique le suspend de ses fonctions de régent de la Fondation. Le choc psychologique est suivi d’un effondrement physique : une nouvelle défaillance cardiaque rappelle les médecins à son chevet. En vain : il meurt le 5 novembre 1944.

En 1996, à la suite de pétitions lancées par des mouvements d’extrême gauche, la faculté de médecine de l’Université Lyon 1 Alexis Carrel est débaptisée ! « On » affirme qu’il aurait appartenu au PPF ! Qu’importe la haine : les esprits libres ne retiendront de lui que ses facultés intellectuelles claires et profondes, sa curiosité dévorante, son génie – et son honnêteté absolue.